Acteurs 

Emmanuèle Bernheim

Alain Cavalier

Synopsis

 

Emmanuèle Bernheim et Alain Cavalier sont liés par trente ans d’amitié. Ils préparent un film d’après le livre autobiographique de la romancière : Tout s’est bien passé. Elle y raconte comment son père lui a demandé " d’en finir " à la suite d’un accident cardio-vasculaire. Cavalier lui propose de tenir son propre rôle et que lui, soit son père. Un matin d’hiver, Emmanuèle téléphone à Alain ; il faudra retarder le tournage jusqu’au printemps, elle est opérée d’urgence.

Mon commentaire

On connaît le talent d’Alain Cavalier. Depuis quelques années déjà, depuis « Thérèse » et la Palme d’Or que Cannes lui a décernée en 1986 pour ce film, il a choisi d’adopter une posture différente des grands réalisateurs, celle d’un homme certes passionné par le cinéma, mais qui travaillerait comme un artisan, caméra numérique en mains, nous faisant partager ses émotions en direct avec un style de plus en plus épuré.

Alain Cavalier (87 ans) et la romancière Emmanuèle Bernheim sont liés par une très longue amitié. Le nouveau film du réalisateur devait être l’adaptation du dernier roman autobiographique d’Emmanuèle, retraçant les derniers instants de la vie de son père, atteint à 89 ans d’une hémiplégie. Emmanuèle y jouerait son propre rôle, le cinéaste celui de son père. Mais quelques jours avant le début du tournage, Alain Cavalier reçoit un message d’Emmanuèle Bernheim l’avisant qu’elle devait être opérée d’urgence, impliquant son report…

Comme pour ses documentaires antérieurs, Alain Cavalier réalise une oeuvre d’une courte durée où le "filmeur" capte avec sa petite caméra la réalité de son environnement en essayant d'en saisir l'essence. Il multiplie ainsi les gros plans sur des objets, des fruits, des légumes, bref, un genre d’inventaire à la Prévert, qui composent autant de métaphores de l'animé et de l'inanimé, du vivant et du mort. Tout cela pour nous faire ressentir avec une belle pudeur l’importance de l’instant présent et de la fugacité de la vie. Alain Cavalier et Emmanuèle Bernheim – qu’on ne voit jamais alitée ni réellement diminuée, car elle apparait toujours délicatement maquillée sous son turban turquoise assorti à ses yeux, comme pour prouver que la maladie ne l’atteint pas vraiment, alors que la chimiothérapie fait son effet – échangent des lettres d’une grande tendresse mais toujours avec une belle retenue car le vouvoiement réciproque reste de mise. En attendant qu’Emmanuèle puisse remonter la pente, Alain Cavalier de son côté poursuit la lecture de son roman, abordant de façon de plus en plus précise le choix du père de l’auteure à mourir dans la dignité.

« Être vivant et le savoir » n’est pas ce qu’on pourrait appeler un « feel good movie », tant le sujet dont il traite est sérieux et fait l’objet de débats animés en ce moment. Mais Alain Cavalier a conçu un documentaire plein de sensibilité et de pudeur qui transmet une émotion incroyable. Il y règne aussi une atmosphère apaisée, parfois à la limite de l’espièglerie et surtout décomplexée vis-à-vis de la maladie de la mort et du deuil.

"Être vivant et le savoir" a été présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes

Ma note : 14/20