CVT_Enfant-de-toutes-les-nations_1765
CVT_Enfant-de-toutes-les-nations_1765
press to zoom

Résumé

Voici le nouveau volet d’une histoire qu’on voudrait sans fin tant elle est captivante et considérable. Où l’on entre pour ne plus en ressortir, sinon heureux d’avoir intimement perçu, à travers la conscience en éveil d’un homme singulier, la comédie humaine à la mesure des peuples et du monde moderne. Avec ses rouages bien rodés d’oppression et de domination.
Minke est un jeune journaliste javanais hautement prometteur, cultivé, curieux, détonnant produit du colonialisme hollandais qui tient encore l’Indonésie sous sa coupe. Nyai Ontosoroh, ancienne concubine d’un riche colon, a tout appris à la source de la vie elle-même. Femme puissante, respectée, elle est en passe de perdre son immense domaine par une injustice implacable. L’un et l’autre ont en partage une détermination sans bornes et une grande humanité : le combat n’en est qu’à ses débuts. Minke commence seulement à saisir le sens de l’Histoire qui se fait sous ses yeux…
Par sa richesse romanesque et cette imposante clarté du propos – intellectuel, politique, humain –, Enfant de toutes les nations est une œuvre majeure, publiée en français pour la première fois, et directement traduite de l’indonésien.

Mon Commentaire

Il est nécessaire de lire quelques pages de ce tome II de ‘Buru Quartet’, appelé ‘Enfants de toutes les nations’ pour se replonger dans l’univers de Minke, ce jeune journaliste javanais, témoin de l’époque de la fin du XIXème siècle, alors que l’Indonésie faisait l’objet de la colonisation dans l’empire hollandais. Mais après ces quelques minutes, la force incroyable de ce roman est de retour.

L’idée de la présente critique n’est pas de réaliser un résumé des évènements plus ou moins funestes qui se déroulent durant ce deuxième tome, mais plutôt de présenter une analyse de ce qu’on y trouve et de ce que l’on ressent. En effet, contrairement à la première partie très romanesque qui mettait en scène les différents personnages pour ‘planter le décor’, celle-ci est sans aucun doute plus intellectuelle et témoigne des changements dans les mentalités face à l’évolution de l’Histoire.

Et là où le talent de l’auteur Pramoedya Ananta Toer est immense, c’est qu’il parvient à communiquer au lecteur le détail de ces évolutions historiques et de ces mentalités à travers les yeux des différents personnages clé de son roman. Il y a d’abord ceux de Nyai Ontosoroh, la belle-mère de Minke, concubine d’un riche colon désormais défunt, mais surtout femme d’une grande sagesse et au courage immense, qui a réussi à faire fructifier une entreprise de laiterie à la sueur de son front…Ceux de Minke, bien sûr,  qui se lance avec talent dans le journalisme en publiant des articles en langue néerlandaise, mais qui par conséquent ne parvient pas à transmettre ses réflexions et son savoir aux autochtones : il lui faudra suivre les conseils avisés de ses amis ou relations pour se décider à écrire ses articles en malais pour pouvoir toucher davantage le public, y compris en dehors des frontières indonésiennes. Mais l’auteur nous touche aussi en évoquant les conditions de vie extrêmement difficiles des autochtones : souvent ils ont été spoliés de leurs terres par les colons qui sont à la tête d’immenses exploitations sucrières, au sein desquelles l’esclavagisme est souvent encore en pratique…

On apprend beaucoup à la lecture de roman : sur ‘l’émancipation’ des Japonais qui sont désormais considérés technologiquement et intellectuellement comme les égaux des ‘pur-blancs’, sur la fuite de jeunes Chinois à travers les mers qui veulent s’émanciper d’un système impérial gangréné par le colonialisme anglais et la guerre de l’opium, mais qui font souvent l’objet de rejet par les populations extérieures, sur les relations parfois belliqueuses entre les différents empires coloniaux et leur puissance militaire et économique, qu’il s’agisse de l’Espagne face aux Etats Unis aux Philippines, ou encore de l’Angleterre face aux Pays Bas…

Pramoedya Ananta Toer a le mérite de rendre les lecteurs témoins qu’une révolte des peuples gronde et menace ces empires coloniaux dont la puissance pourrait vite décliner.

Certains passages de ce second tome pourront paraître parfois un peu trop didactiques, mais néanmoins on referme ce roman passionnant dont le propos est parfaitement limpide en se disant qu’il ne faudra pas trop attendre pour en découvrir la suite.

Ma note : 16/20
Pramoedya theculturetrip.jpeg

Photo Theculturetrip.com