Résumé

Il a mené des opérations pour les renseignements français de Bamako à Genève, de Beyrouth à Tanger. Il a vu des régimes tomber, des peuples se relever, des hommes mourir. Aujourd’hui, Assem Graïeb est fatigué. La mission qu’il accepte est peut-être la dernière : retrouver un ancien membre des commandos d’élite américains soupçonné de divers trafics. À Zurich, Assem croise Mariam, une archéologue irakienne qui tente de sauver des œuvres d’art dans la zone dévastée du Moyen-Orient. En une nuit, tous les deux partagent bien plus que quelques heures d’amour.
En contrepoint de cette rencontre, le récit fait retentir le chant de trois héros glorieux : le général Grant écrasant les confédérés, Hannibal marchant sur Rome, Hailé Sélassié se dressant contre l’envahisseur fasciste. Mais quand une bataille se gagne au prix de vies fauchées, de corps suppliciés, de terres éventrées, comment prétendre qu’il s’agit d’une victoire ?
Évocation tremblée d’un monde contemporain insondable, Écoutez nos défaites compose une épopée mélancolique et inquiète qui constate la folie des homme et célèbre l’émotion, l’art, la beauté – seuls remèdes à la tentation de la capitulation face au temps qui passe.

Mon Commentaire

‘Écoutez nos défaites’ n’est assurément pas un roman comme un autre. Sous couvert d’une rencontre fortuite à Zurich dans un bar entre Mariam, une talentueuse archéologue irakienne et Assem Graieb, un homme travaillant depuis longtemps pour les renseignements français, Laurent Gaudé nous offre ici un ouvrage de réflexion sur la guerre, ou plutôt les guerres…

Entre le suivi d’une dernière mission qui a été confiée à Assem, qui doit partir à Beyrouth à la recherche d’un ancien membre des commandos d’élite américains qui a trempé dans différents trafics, et l’effroi de Mariam qui assiste impuissante à la destruction de trésors antiques, Laurent Gaudé émaille son œuvre de courts récits de nombreux conflits historiques, tels que ceux d’ Hannibal face aux Romains lors des guerres puniques, tel le combat du Général Grant contre le Général Lee, donc des Nordistes contre les Sudistes lors de la guerre de Sécession, l’exil du Négus Hailé Sélassié lors de l’invasion fasciste italienne de l’Éthiopie et de son retour victorieux trois ans plus tard aux côtés des anglais, ou bien encore plus récemment la guerre sanglante menée par les Djihadistes en Syrie, en Irak au nom d’Allah et de la destruction systématique de tous les vestiges représentant toutes les civilisations anciennes…

Peu importe l’ancienneté et la nature idéologique de ces combats, le message reste le même : quelle gloire un vainqueur vraiment peut-il tirer de massacres à l’issue desquels des dizaines de milliers d’hommes ont perdu la vie ?

La lecture de ce roman n’est pas forcément aisée, tant s’entremêlent les scènes des différentes épopées à travers les siècles… Et d’ailleurs, pourquoi ce choix particulier par l’auteur de ces personnages et de ces époques plutôt que d’autres ? Difficile d’obtenir la réponse à cette question. De toute façon, ce que Laurent Gaudé veut mettre avant tout en avant dans ce roman polyphonique, c’est l’absurdité de la guerre. Quels que soient le nom des vainqueurs que l’Histoire retiendra, derrière chaque victoire se tient en parallèle une défaite, défaite qu’il convient d’écouter, l’orgueil des victorieux ne pouvant effacer les atrocités commises.

Si on se laisse somme toute emporter par le livre, c’est surtout grâce au talent de Laurent Gaudé, à sa connaissance approfondie de l’histoire et bien sûr à la maestria dont il fait preuve pour combiner une belle histoire romanesque (bien qu’un peu cousue de fil blanc tout de même) et l’Histoire avec un grand H.

Ma note : 15/20

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