Acteurs 

Antonio Banderas

Azier Etxeandia

Leonardo Sbaraglia

Nora Navas

Julieta Serano

Penélope Cruz

Cecilia Roth

Synopsis

Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2019

Une série de retrouvailles après plusieurs décennies, certaines en chair et en os, d’autres par le souvenir, dans la vie d’un réalisateur en souffrance. Premières amours, les suivantes, la mère, la mort, des acteurs avec qui il a travaillé, les années 60, les années 80 et le présent. L’impossibilité de séparer création et vie privée. Et le vide, l’insondable vide face à l’incapacité de continuer à tourner.

Mon commentaire

Chaque passage de Pedro Almodovar sur la Croisette est toujours scruté avec beaucoup d’attention, bien que le festival ne lui ait encore jamais décerné la récompense suprême jusqu’à ce jour. C’est donc avec un plaisir non feint qu’on découvre son dernier opus, « Douleur et Gloire », film ouvertement inspiré de sa vie propre vie, même si pas réellement autobiographique. Il a donc choisi de raconter la vie d’un cinéaste sexagénaire, Salvador Mallo (Antonio Banderas), en manque d’inspiration et en plein désarroi psychologique, qui par hasard va se retrouver face à Alberto Crespo (Azier Etxeandia) l’acteur avec lequel il a tourné il y a 30 ans un film devenu culte. Les rapports délétères puis inexistants entre le réalisateur et son interprète vont être ravivés à l’occasion de la ressortie du film en version restaurée par la Cinémathèque …

Salva(dor) Mallo va devoir rendre des comptes sur son attitude passée, mais ces réflexions seront également l’occasion pour le cinéaste de se replonger dans son passé, notamment dans son enfance solitaire auprès de sa mère (interprétée par Penélope Cruz, jeune puis par Julieta Serano), celle qui a compté plus que tout pour lui et dont la disparition l’a totalement désorienté.

« Douleur et Gloire » est avant tout un film introspectif et grave, qui offre une superbe réflexion sur la vie d’un réalisateur et sur sa soif à la fois de créer une œuvre et parallèlement de susciter de l’intérêt et de l’émotion de la part du public. Demeurer durant plusieurs décennies sous les feux de la rampe et apparaître à la une des médias n’est pas une situation forcément confortable, même si par ailleurs l’obtention de la gloire est sûrement loin d’être désagréable. Mais le corollaire de celle-ci, c’est l’impossibilité de mener parallèlement une vie privée préservée …Pour interpréter ce rôle, le choix d’Antonio Banderas était naturel : c’est probablement l’un des plus beaux rôles à ce jour pour le comédien, qui surnage dans le tourbillon des sens et des sentiments qu’il ressent avec une sobriété magnifique. Sa consommation croissante d’héroïne et d’autres médicaments rend à la fois son personnage évanescent et fragile, imprévisible et nostalgique qui suinte en permanence les remords et le vide psychologique…

Certains s’étonneront peut-être de la façon dont les évènements qui pallient le film peuvent sembler un peu trop calculés et rendre le déroulement des rencontres peu crédibles…On ne sait bien entendu rien des vrais éléments déclencheurs du travail d’introspection du véritable Almodovar ; cependant, les scènes du film se succèdent avec un certain bonheur, surtout si on se laisse porter par l’agréable atmosphère nostalgique et pleines de tendresse du jeune Salva …

Autre constatation : à l’opposé des précédents films d’Almodovar, qui nous avait habitués à magnifier les femmes dans des rôles très travaillés et brillants, « Douleur et Gloire » nous offre ici simplement des portraits de femmes plutôt basiques et pas très valorisants qui surprendront un peu les puristes, même si deux d’entre elles ont tenu des rôles clé dans l’existence du réalisateur.

Un grand film néanmoins que ce « Douleurs et gloire » qui ne repartira vraisemblablement pas bredouille du 72ème Festival de Cannes, si l’on en croit les critique et les applaudissements qui s’élèvent en fin de projection.

Ma note : 17/20