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Résumé

« Lina n’était jamais vraiment là. Tout se passait dans son regard. J’en connaissais les nuances, les reflets, les défaites. Une ombre passait dans ses yeux, une ombre dure qui fanait son visage. Elle était là mais elle était loin. Je ne comprenais pas ces sautes d’humeur, ces sautes d’amour.» 
Un dimanche de décembre, une femme livre à ses trois fils le secret qui l’étouffe. En révélant une souffrance insoupçonnée, cette mère niée par les siens depuis l’adolescence se révèle dans toute son humanité et son obstination à vivre libre, bien qu’à jamais blessée. 
Une trentaine d’années après Rochelle, Éric Fottorino apporte la pièce manquante de sa quête identitaire. À travers le portrait solaire et douloureux d’une mère inconnue, l’auteur de Korsakov et de L’homme qui m’aimait tout bas donne ici le plus personnel de ses romans.

Mon Commentaire

Avec « Dix-sept ans », le journaliste écrivain du Monde (qu’il dirigea de 2007 au début 2011) puis du magazine « le 1 » Eric Fottorino semble vouloir boucler la boucle sur la recherche de ses origines et ses liens affectifs avec ses parents. Après avoir écrit largement sur ses « deux pères » lors de ses précédents romans « Korsakov » et « l’Homme qui m’aimait tout bas », il règle en quelques sortes ses comptes avec sa mère, Lina. Ou plutôt il se met en tête de la découvrir et de comprendre ce que cache réellement ce visage, ces yeux tour à tour absents puis de nouveau pétillants, bref la vie de celle qui l’a mis au monde...Cela sur une décision impulsive qu’il a prise en réaction directe à la « confession » totalement déstabilisante de sa mère devant lui et ses frères à l’issue d’un sombre dîner de famille en décembre. Aveu d’un traumatisme insoupçonné qui va forcément lui ouvrir les yeux et le contraindre à remettre en cause un certain nombre de certitudes un peu trop rapidement acquises.
« Dix-sept ans » est un réel voyage dans le temps pour Éric, qui passe par un retour sur les lieux que sa jeune et séduisante mère a fréquentés du temps de sa jeunesse, mais aussi du temps de cette grossesse survenue fin 1959 : la ville de Nice. Mais comment peut-il reconstituer l’enchaînement des événements qui se sont déroulés alors qu’il n’a aucun point d’appui, ne connaît pas de contacts localement et ne garde en tête simplement que les quelques bribes de souvenirs et de rares images enracinées dans le cerveau d’un tout jeune enfant, qui lui reviennent de façon épisodique ?
Pour ce nouveau roman autobiographique, on est pourtant pris dans l’engrenage des recherches d’Eric, en espérant que tel un fin limier il puisse finir par retrouver des traces du passage de Lina, cette jeune femme âgée de 17 ans à l’époque, et par voie de conséquence de son propre passé. Si le livre se lit avec plaisir, c’est qu’on ne peut qu’admirer le travail introspectif qu ’Eric Fottorino effectue en allant puiser au plus profond de ses souvenirs et en fouillant dans le côté le plus profondément intime de sa vie privée.
Il y a bien quelques longueurs et redites dans le livre, surtout lorsqu’on constate que l’enquête piétine. Mais « Dix-sept ans » est un roman en forme de déclaration d’amour d’un fils vers sa mère, ballotté dès la plus jeune enfance dans un monde loin d’être naturellement accueillant et aimant. D’autant que les seuls témoignages d’amour qui ont longtemps émané des membres de la famille proviennent de celle qui avait ressenti la naissance d’Eric comme une provocation, voire un outrage et s’était engagée à le placer.

Un touchant roman de réconciliation nécessaire qui déborde d’amour et de mots qui sont plus forts que les maux et qui se termine par le retour à une sérénité méritée.

Ma note : 15/20
photo  le Parisien 

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