Résumé

« À ce que je sais, votre épouse était vraiment une femme merveilleuse […] vous devez vous sentir reconnaissant d'avoir vécu presque vingt ans auprès d'une femme comme elle. Je le crois profondément. Néanmoins, vous aurez beau penser que vous avez compris quelqu'un, que vous l'avez aimé, il n'en reste pas moins impossible de voir au plus profond de son cœur. Vous aurez pu vous y efforcer, mais vous n'aurez réussi qu'à vous faire du mal. Vous ne pouvez voir qu'au fond de votre propre cœur, et encore, seulement si vous le voulez vraiment, et si vous faites l'effort d'y parvenir. En fin de compte, notre seule prérogative est d'arriver à nous mettre d'accord avec nous-même, honnêtement, intelligemment. Si nous voulons vraiment voir l'autre, nous n'avons d'autre moyen que de plonger en nous-même. Telle est ma conviction. »

Neuf ans après Saules aveugles, femme endormie, le retour d'Haruki Murakami à la forme courte. Dans ce recueil comme un clin d'œil à Hemingway, des hommes cherchent des femmes qui les abandonnent ou qui sont sur le point de le faire. Musique, solitude, rêve et mélancolie, le maître au sommet de son art.

La nouvelle publication d’Haruki Murakami est un recueil de sept nouvelles. Toutes sont consacrées aux rapports entre les hommes et les femmes, ce qui est un thème assez récurrent de l’auteur. Cependant ici, Murakami se livre plus précisément à une étude poussée de situations plus singulières d’hommes vivant sans femmes, soit par pur choix dans le meilleur des cas, mais aussi souvent par contrainte ou obligation, dans le cadre d’une séparation, d’un divorce ou encore d’un deuil.

Il y a toujours beaucoup de belle sensibilité dans l’écriture de Murakami, avec la retranscription d’atmosphères bien particulières qui sont propres à son univers. Ainsi dans les deux premières nouvelles (« You can drive my car » et « Yesterday », toutes deux reprises de titres des Beatles des années 60), on ressent de façon très intense une hypersensibilité au niveau des personnages clé, peut être soulignée par la récurrence de morceaux de musique qui constituent un bel écrin pour les souvenirs et appellent à une certaine nostalgie. La musique est d’ailleurs quasiment omniprésente dans ce recueil, tant elle est indissociable de moments d’émotions partagées avec les êtres chers, en l’occurrence avec les femmes qui ont ‘disparu’ de la vie des hommes passés sous le microscope psychologique de Murakami. La nouvelle intitulée « un organe indépendant » poussera même l’émotion à un niveau bien plus profond et bien plus lourd de conséquences. Aux côtés de ces histoires très touchantes figurent également d’autres nouvelles moins séduisantes, dans la mesure où elles montrent un caractère beaucoup plus décalé, donc moins facilement appréhensibles par le lecteur. En bonne illustration de ce propos, même si certains diront qu’il s’agit d’un clin d’œil avisé à Kafka, la lecture du « Samsa Amoureux » m’a laissé plutôt pantois, mais sans doute n’ai-je pas pu comprendre la métaphore de cet homme tombant bizarrement amoureux d’une jeune femme bossue.  

Certaines nouvelles ont beau être totalement oniriques, on est parfois séduit et on se laisse prendre dans l’ambiance de l’histoire, mais à l’inverse, on peut aussi rester totalement à l’extérieur des sentiments qui sont exprimés, tant l’incompréhension est grande et les analyses un peu absconces. En résumé, ces nouvelles sont de qualité inégales et même si globalement, tout ceci se lit assez agréablement, on attend avec impatience le prochain roman de l’écrivain. 

Ma note : 14/20
photo The Happening