Résumé

Alger, 1956. Jeune ouvrier communiste anticolonialiste rallié au FLN, Fernand Iveton a déposé dans son usine une bombe qui n'a jamais explosé. Pour cet acte symbolique sans victime, il est exécuté le 11 février 1957, et restera dans l'Histoire comme le seul Européen guillotiné de la guerre d'Algérie. Ce roman brûlant d'admiration, tendu par la nécessité de la justice et cinglant comme une sentence, lui rend hommage.

Goncourt du Premier Roman 2016

Mon Commentaire

Retour sur une période troublée de l’histoire de France, dont le pouvoir colonial s’étendait à l’époque encore bien au-delà de la Méditerranée. Le 11 février 1957, alors qu’on ne parlait de ce côté-ci de la Mer que de multiples ‘évènements’ ou de ‘troubles’ et non pas encore de guerre, a été guillotiné pour ‘l’exemple’ Fernand Iveton, un Français amoureux de l’Algérie, communiste anticolonialiste rallié au FLN, qui a été pris plus ou moins ‘la main dans le sac’. Il a déposé dans un bâtiment non utilisé de son usine une bombe qui n’a même pas eu le temps d’exploser, et qui de toute façon n’aurait en cas d’explosion que produit des dégâts matériels…L’idée de base était seulement d’attirer l'attention du gouvernement français sur le nombre croissant de combattants qui luttent pour qu'il y ait plus de bonheur social sur cette terre d'Algérie.

Une fois arrêté, Fernand Iveton est torturé en bonne et due forme par la police locale pour lui faire avouer le nom de ses complices, puis conduit à un simulacre de procès à charge dont on devine d’avance l’issue…

Il y a beaucoup de tension dans ce court premier roman de Joseph Andras, qui a été largement récompensé dès sa sortie en 2016. Il faut dire que les chapitres se suivent à un rythme rapide, les dialogues inclus dans les phrases narratives en accentuent l’impression, comme dans l’urgence de l’enchaînement des faits : l’arrestation, les interrogatoires, la torture, puis le calme de l’enfermement sans en connaître l’issue,  puis le procès….Seules émergent des bouffées de fraîcheur et de poésie lorsque sont racontés les périodes durant lesquelles Fernand, en France, a fait connaissance de sa femme, Hélène…On retrouve un monde sensé, fait d’humanité, de respect et d’amour…Notre Fernand est bien loin de répondre au personnage du terroriste sanguinaire prêt à massacrer coûte que coûte des innocents qu’on voudrait lui faire jouer !

Joseph Andras, malgré la noirceur de son sujet et la cruauté des circonstances, réussit néanmoins à adoucir un peu son propos grâce à un style souvent plein de poésie qui parvient à insuffler même de la luminosité dans les scènes où Fernand et Hélène se retrouvent…

Inutile de dire que le romancier, qui a effectué ici un travail de recherche considérable, s’annonce déjà comme un auteur à suivre, tant ce premier livre est puissant, puisque rappelons-le, Fernand Iveton est le seul Européen qui a été guillotiné par l’État Français pendant cette guerre d’Algérie en devenir.

A découvrir absolument.

Ma note : 16/20

 photo Babelio

De nos frères blessés