Résumé

Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l'empire financier dont elle est l'héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d'un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l'adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l'ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d'intelligence, d'énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d'autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l'incendie qui va ravager l'Europe.

Couleurs de l'incendie est le deuxième volet de la trilogie inaugurée avec Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013, où l'on retrouve l'extraordinaire talent de Pierre Lemaitre.

Mon commentaire

La suite de « Au revoir la haut » se situe donc à la fin des années 1920. On y retrouve la famille Péricourt ou plutôt ce qu’il en reste, car 7 ans après le décès de son fils Edouard, c’est au tour du patriarche Marcel de disparaître. Ne survivent que Madeleine, fille de Marcel et seule héritière de l’empire financier et son jeune fils Paul , âgé de 7 ans, de santé fragile et qui souffre de surcroît d’un bégaiement très handicapant. Lors des obsèques de Marcel Péricourt, Paul désemparé se défenestre lors du passage du convoi funéraire et s’effondre sur le corbillard !

Charles Péricourt, frère du défunt, sa femme Hortense et ses jumelles Rose et Jacinthe, pourraient bien figurer parmi les héritiers ! Mais Gustave Joubert, le fidèle adjoint de longue date Marcel Pericourt veille au grain, afin que la transition du pouvoir s’effectue en douceur. Il prodigue notamment à Madeleine, totalement dévastée par ces drames concomitants ses « meilleurs » conseils ....

Compte tenu du talent de Pierre Lemaitre, cette suite se lit comme un véritable roman policier. On est littéralement happé par cette histoire découlant du drame familial. Madeleine va voir s’effondrer le  monde dans lequel elle a été élevée, mais contre toute attente, va savoir rebondir en adoptant une stratégie machiavélique.

L’ensemble du microcosme entourant Madeleine et son fils paralysé est disséqué avec talent, chacun des personnages - y compris les personnages secondaires - montrant des facettes très complexes de leur tempérament indiquant leur but ultime : parvenir coûte que coûte à s’enrichir sur le dos de la Banque et surtout déverser sur Madeleine toute leur morgue et leur haine jusqu’à présent enfouie. Il n’est pas très beau à voir au total ce petit monde et Pierre Lemaitre excelle dans la description psychologique de celui ci ...Il faut avouer que le style est également percutant, alliant ironie, cynisme  et souvent de l’humour.

Mais il y a néanmoins un oubli frappant dans ce roman, c’est l’Histoire : celle de cette époque passe pendant une première moitié du roman quasiment inaperçue, et se contente de faire en revanche de trop rares apparitions ensuite, avec quelques anecdotes intéressantes autour de la montée du nazisme. Quel dommage que le foisonnement de personnages qui parfois déroute prime sur un fonds historique plus fouillé, d’autant qu’on ne peut s’empêcher de penser que Pierre Lemaitre fait vraiment parfois dans l’exagération et l’invraisemblance avec ces personnages certes truculents mais pas très crédibles!

Pierre Lemaître nous prouve dans ce roman combien les rapports des français dans la société de l’époque reposaient principalement sur la duperie, le chantage et le vice. Mais comme on dit que « Bien mal acquis ne profite jamais », la vengeance avec un grand V peut s’organiser sans problème et surtout sans regrets

Un roman bien sûr plaisant, foisonnant mais à mon sens pas assez intégré dans le contexte authentique historique de ces années-là et c’est là son principal défaut, car si certains petits foyers d’agitation sont recensés, on est encore loin de distinguer les véritables « couleurs de l’incendie ». J’attends néanmoins la suite avec impatience !

Ma note : 15/20