Résumé

« Bernard Ollivier aura cheminé, la retraite venue, d’un bout à l’autre de l’Asie, d’Istanbul à Xi’an, en longeant l’ancienne route de la soie. Quatre années passées les chaussures aux pieds, essentiellement à la belle saison, afin de franchir les hauts cols d’Anatolie et du Pamir impraticables en hiver. Quatre années racontées au fil des jours dans un récit qui n’est en rien l’évocation d’un exploit, mais bien le partage d’une aventure humaine rare, par un voyageur émerveillé allant de rencontre en rencontre et qui constate que son projet lui est aussi mystérieux que le monde.

 

Bernard Ollivier est un voyageur, Il ne se prend pas pour un écrivain. Le résultat est qu’il écrit souvent mieux que les écrivains-voyageurs patentés » PIERRE LEPAPE / LE MONDE

Mon commentaire

« Longue marche » n’a absolument rien à voir avec le périple initié en 1934 par l’Armée populaire de libération et une partie le l’appareil communiste chinoise pour échapper aux forces du Kuomingtang, qui les fera parvenir à Yan’an, dans le Shaanxi. Quoique…

Ici, il s’agit du récit retraçant en trois tomes le pèlerinage que le journaliste veuf Bernard Ollivier a décidé d’entreprendre alors qu’il a passé le cap des 60 ans pour marcher sur les traces de Marco Polo. Départ Istanbul, destination Samarcande, soit quelques dizaines de milliers de kilomètres à parcourir…à pieds ! Bernard Ollivier va suivre la route des caravaniers et donc la route de la soie d’ouest en est et se rapprocher de la ville de Xi’an, dans la province du Shaanxi, point de départ avéré de celle-ci vers l’occident.

Bernard Ollivier a certes bien préparé son périple à travers l’Anatolie, qui fait l’objet de ce premier tome. Les routes à suivre et les étapes  sont clairement définies, ainsi que le nombre de kilomètres à parcourir chaque jour et le nombre de jours prévus, car le visa pour l’Iran est également assorti d’une date butoir au delà de laquelle il ne sera plus valable. Bernard Ollivier n’est peut être pas un véritable écrivain, mais c’est avec des mots simples qu’il nous fait partager ses expériences, souvent bonnes et aussi parfois mauvaises, qui nous touchent en nous immergeant dans cet environnement d’une grande beauté. Voyager ainsi dans un pays comme la Turquie aux confins de l’Europe et de l’Asie n’a rien de simple, car une fois laissées derrière lui les grandes métropoles cosmopolites, Bernard Ollivier se retrouve confronté à ses propres réflexions et doit aussi apprendre à se remettre en question en tant que voyageur et en tant qu’homme. Il fera néanmoins des rencontres fabuleuses de gens simples et souvent dotés d’une grande générosité.

La lecture du récit est fluide et agréable. Même si parfois il ne se passe pas grand-chose dans une étape, on a l’impression d’atteindre par moments un sentiment de plénitude, mais aussi de ressentir la vulnérabilité de l’homme face à l’immensité de la nature. Les dialogues sont forcément extrêmement réduits car les quelques mots de turc ou de kurde que connaît Bernard Ollivier sont bien insuffisants pour pouvoir échanger plus que des banalités, alors qu’on sent bien qu’il souhaiterait des échanges plus profonds. La découverte des mondes diamétralement opposés qui peuplent la Turquie constitue une surprise intéressante alors que le pays est candidat depuis plusieurs années à l’adhésion à la Communauté européenne. Même si la « longue marche » a été entreprise il y a presque 20 ans, il y a fort à parier que les contrastes entre ces mondes ne se sont pas forcément réduits et que la place des femmes dans la société turque - hors Ankara et Istanbul - n’a guère progressé. Bernard Ollivier parle de la nécessité pour la Turquie de trouver un nouvel Atatürk pour relancer la grandeur du pays : on est loin d’être sûr que le Président Recep Erdogan soit le personnage idoine pour ce faire, bien au contraire!

Quoi qu’il en soit, on a hâte de reprendre la route pour partager avec lui la suite du voyage…

Ma note : 16/20