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Acteurs 

Antonio de la Torre

Chino Darin

Alfonso Tort

Soledad Villamil

Cesar Troncoso

Synopsis

1973, l'Uruguay bascule en pleine dictature. Trois opposants politiques sont secrètement emprisonnés par le nouveau pouvoir militaire. Jetés dans de petites cellules, on leur interdit de parler, de voir, de manger ou de dormir. Au fur et à mesure que leurs corps et leurs esprits sont poussés aux limites du supportable, les trois otages mènent une lutte existentielle pour échapper à une terrible réalité qui les condamne à la folie.
Le film raconte les 12 années d'emprisonnement vécues par trois des figures les plus célèbres de l'Uruguay contemporaine - dont son ancien président José "Pepe" Mujica.

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Mon commentaire

Montevideo, Uruguay 1973. La dictature du nouveau régime militaire bat son plein, toute forme de révolte ou de refus est tuée dans l’œuf. Pourtant, un groupe de neuf jeunes démocrates, appelé « les Tupamaros » a réussi une action d’envergure en éliminant quelques hauts gradés de la junte en pleine ville. La riposte du gouvernement ne se fait pas attendre, la surveillance permanente du peuple lui permettant de remonter rapidement les filières. Trois des opposants du groupe sont arrêtés puis secrètement emprisonnés : José Mujica (Antonio de la Torre), Mauricio Rosencof (Chino Darin) et Eleuterio Fernandez Huidobro (Alfonso Tort). La volonté du pouvoir, c’est de les mater. Isolés dans des cellules à l’allure de cages, ils n’ont pas le droit de voir, ni de parler, de s’asseoir ni de s’allonger. Ils ignorent aussi s’ils ont été séparés ou non, pour mieux les affaiblir. Quant à la nourriture et à l’eau elles sont quasi inexistantes... Difficile dans ces conditions de détention à la limite du supportable de ne pas devenir fou et de garder espoir. D’autant que les militaires passent leur temps à déplacés leurs victimes dans différents lieux de détention où règnent une saleté repoussante. Et pourtant, les trois prisonniers désormais officiellement considérés comme otages politiques de la junte mènent une lutte au quotidien pour tenir bon face aux insultes, aux coups, aux tortures ou aux humiliations de leurs geôliers…
Autant l’histoire du Chili voisin avec la monstruosité de Pinochet est connue en Occident et a fait l’objet de nombreux livres ou films, autant celle de l’Uruguay de cette époque est restée très peu abordée et peu connue. Le film de Alvaro Brechner nous montre en détail les conditions totalement inhumaines de détention des prisonniers politiques, mais aussi l’existence d’un incroyable instinct de survie de la part de ces trois « compañeros » (camarades en espagnol), confrontés aux pires conditions de détention. Ils vivent souvent dans l’obscurité ou la pénombre, dans des espaces réduits, parmi les rats, la vermine et les excréments ... Pour reprendre de la hauteur, le film est émaillé fort heureusement par des flash-backs récurrents qui nous présentent les trois prisonniers dans leur vie antérieure, permettant de découvrir leur environnement familial, et de comprendre leur action de contestation ainsi que la façon dont ils ont été arrêtés.
L’enfer, mesuré en nombre de jours tout au long du film va tout de même durer 12 ans - d’où le titre original « la Noche de 12 años ».Le film est dur à supporter car extrêmement bien tourné, le talent du metteur en scène parvenant même à recréer le climat d’angoisse et la sensation d’étouffement vécue par les prisonniers, y compris en parvenant à filmer comme à travers les cagoules portées par les prisonniers. Peut-être aurait-on aimé en savoir davantage sur la situation politique de l’Uruguay avant 1973 et après 1985 ? Il est possible que le metteur en scène ait préféré faire abstraction de toute référence au temps - hormis le rythme des saisons - pour associer totalement le spectateur au triste destin de ces trois otages qui ont perdu la totalité de leurs repères.
Il faut souligner la performance incroyable des trois artistes qui incarnent ces prisonniers qui crédibilise d’autant plus le film. Mais il ne faut pas perdre de vue également le fait qu’il s’agit de la retranscription de faits réels. Et on apprend que l’espoir doit toujours être conservé, dans les années 2000, chacun de ces trois héros ont été députés, voire sénateurs et pour Jose « Pepe Mujica », il est même devenu président de la République uruguayenne de 2010à 2015. Vraiment impressionnant.

Ma note : 16/20