Résumé

L’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecœur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cette maison que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’était imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître.
En arrivant cet été-là, Franck croyait encore que la nature, qu’on avait apprivoisée aussi bien qu’un animal de compagnie, n’avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s’entretuaient, avaient cédé la place à des guerres plus insidieuses, moins meurtrières. Ça, c’était en arrivant.

Serge Joncour raconte l’histoire, à un siècle de distance, d’un village du Lot, et c’est tout un passé peuplé de bêtes et anéanti par la guerre qu’il déterre, comme pour mieux éclairer notre monde contemporain. En mettant en scène un couple moderne aux prises avec la nature et confrontés à la violence, il nous montre que la sauvagerie est un chien-loup, toujours prête à surgir au cœur de nos existences civilisées.

Mon Commentaire

Si en ces nouveaux temps de confinement, les voyages vous manquent, ‘Chien-loup’, le roman - paru en 2018- de Serge Joncour vaut le vraiment le détour. D’abord parce qu’il vous donne l’occasion de découvrir de façon originale une région de France encore sauvage et assez méconnue, celle du Lot, chère à l’écrivain, dont certaines zones ne sont toujours pas couvertes par les réseaux téléphoniques ni par Internet.

Et par ailleurs, c’est l’occasion de voir comment cette partie de la France profonde a survécu aux conflits mondiaux du XXème siècle, et notamment à la première guerre, et de ressusciter les légendes et superstitions, dont celle qui concerne le village d’Orcières, blotti au fin fond des collines escarpées du causse », « au cœur du triangle noir du Quercy ».

Résultat, en dehors de bourgs, nombreuses sont les habitations qui de fait se retrouvent coupées du monde. C’est notamment le cas de ce gîte sélectionné par Lise, une actrice parisienne, qui a en effet ici que jeté son dévolu sur une maison perchée sur une colline peu accessible, pour passer avec son compagnon Franck, producteur et réalisateur cinématographique, quelques semaines estivales, loin des turpitudes citadines et loin de la civilisation. On comprend vite combien c’est un choc de culture pour Franck, qui ne vit bien – comme désormais beaucoup d’entre nous- qu’à l’aune du nombre de barres figurant sur son smartphone pour signaler la qualité de la couverture Internet !

Quand il n’y a pas de réseau, force est de changer son comportement, et si Lise a fait sien son désir de vivre dans un monde non connecté, Franck nécessairement a beaucoup de mal à se retrouver dans une vie si proche de la nature : quand on est loin de tout, il faut se familiariser avec les bruits, avec la faune, avec la flore....et pour Franck, comprendre ce qu’attend ce grand chien- loup errant et sans collier qui rôde autour de la maison, à la fois impressionnant mais visiblement attiré par la présence du couple dans cette maison isolée…

Serge Joncour avec ce superbe roman alterne la narration du séjour du couple durant le mois d’août 2017 et des évènements qui se sont produits dans la même région juste un peu plus d’un siècle auparavant, alors que se déroulait la première guerre mondiale. Alors que tous les hommes en âge de combattre ont été enrôlés et les chevaux réquisitionnés pour les besoins du front, ne sont restés sur place que les femmes, les vieux et les enfants… On y fait connaissance de Joséphine, femme de médecin parti au front, mais aussi  du ‘Simple’, berger simple d’esprit, de ‘la Bûche’, le forgeron, ou encore de Wolfgang, le dresseur allemand d’un cirque réfugié dans la région avec ses huit fauves…Les aspects de cette époque évoqués de façon détaillée sont aussi passionnants que les anecdotes du quotidien du couple formé par Franck et Lise, mais plus on avance dans le livre plus on comprend que les deux époques sont liées par un fil d’Ariane dont on ne découvrira la nature qu’à la toute fin.

Au fil de ces 500 pages, Serge Joncour distille une ambiance étonnante et dépaysante, ainsi qu’un beau brin de suspense, créant une atmosphère à la fois attachante bien que parfois un peu inquiétante. ‘Chien-Loup’ n’est pas qu’un roman d’aventures et un roman historique passionnant, mais aussi un ouvrage à messages, qui rend un bel hommage à ces femmes de 1915, et qui fait réveiller en nous avec intelligence l’importance de ne pas rompre avec la nature

Ma note : 17/20

 photo Paris Match