Résumé

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.

À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture.
Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Mon commentaire

Leïla Slimani avec cette « Chanson douce » a du littéralement traumatiser les parents qui, contraints et forcés par leur vie professionnelle laissent leurs enfants entre les mains d’une nounou.

Cette « Chanson Douce » n’a effectivement rien d’une berceuse : le roman commence d’ailleurs directement par une scène d’horreur : celle d’une mère en état de choc devant les corps meurtris de ses deux petits enfants qui viennent d’être assassinés…avec au fond du décor le corps d’une troisième personne : celui de la nounou, évident auteur de l’assassinat.

Au cours de ce roman très bien mené, on se retrouve – pour ma part- rajeuni de quelques années, face à la problématique que rencontrent tous les parents pour trouver un équilibre harmonieux entre vie professionnelle et vie familiale.

Difficile effectivement de sacrifier totalement-voire simplement de mettre en sommeil -sa vie professionnelle lorsqu’on est trentenaire, mais quel crève-cœur par ailleurs de laisser ce qu’on a de plus cher à la garde d’une nounou, dont on ne sait pas grand chose, même si cette dernière est bardée de références. Dans cette histoire, Louise apparaît en fait plus que parfaite, tant elle est efficace au delà de ce qu’on peut attendre d’une nounou : une vraie perle en fait que tous les copains vous envient ! Mais c’est également la confidente et la mère de substitution aux yeux des petits enfants qui passent bien entendu la plus grande partie de leur vie en sa compagnie. A tel point qu’on ne trouve plus de frontière entre la famille et la nounou, tant les rapports se sont imbriqués dans une dépendance mutuelle. Alors, la tension et le suspense vont progresser au fil des pages, au cours desquelles la vraie personnalité de Louise va se révèler.

Outre le côté thriller du roman, parallèlement, l’auteure réussit avec brio à restituer la psychologie qui règne au sein de toutes ces nounous - légales ou pas- de nationalité, de culture et de langue différentes. J’ai pour ma part retrouvé de façon extrêmement juste les propos souvent entendus dans les squares, devant les manèges sur lesquels s’agglutinent nos chères têtes blondes. Il existe dans ce microcosme comme une atmosphère de complicité incitative pour se focaliser sur les employeurs, leurs habitudes et leurs défauts. En revanche, point n’est besoin de savoir quel est le passé d’entre chacune, ni de connaître leurs aspirations. Toutes les différences des nounous s’estompent par le seul fait de leur activité commune : l’éducation des enfants d’employeurs, dont leur vie entière dépend.

Leila Slimani brille dans son analyse des relations de classe entre employeurs et domestiques, un peu à la manière dont Claude Chabrol l’avait fait dans son film « La Cérémonie » et dans sa façon de restituer l’art de la manipulation. Une vraie réussite.

 

Entre autres prix prestigieux, « Chanson Douce » s’est vu décerner le Prix Goncourt 2016

Ma note : 16/20