Résumé

"Le Maroc, c’est un pays dont j’ai hérité un prénom que je passe ma vie à épeler et un bronzage permanent qui supporte mal l’hiver à Paris, surtout quand il s’agissait de trouver un petit boulot pour payer mes études."
Marwan et ses deux frères ne comprennent pas. Mais ­pourquoi leur père, garagiste à Clichy, souhaitait-il être enterré à Casablanca ? Comme si le chagrin ne suffisait pas. Pourquoi leur imposer ça. C’est Marwan qui ira. C’est lui qui accompagnera le cercueil dans l’avion, tandis que le reste de la famille ­arrivera par la route. Et c’est à lui que sa grand-mère, dernier lien avec ce pays qu’il connaît mal, racontera toute l’histoire. L’incroyable histoire.
"Ceux que je suis" est un roman plein de pudeur et de délicatesse, dont la subtilité se révèle à travers des scènes à la justesse toujours irréprochable.

Mon Commentaire

Sous couvert d’une histoire a priori banale, quel choc que ce tout premier roman d’Olivier Dorchamps ! Dans la banlieue parisienne, à Clichy, un garagiste d’origine marocaine meurt subitement. Bien qu’établi de longue date en France, ce garagiste cinquantenaire a laissé comme ultime message à son épouse et ses trois fils, Marwan, son jumeau Ali et le cadet Foued, sa volonté d’être enterré…à Casablanca, selon les traditions ! C’est la stupeur et l’incompréhension mais aussi une sorte de colère qui monte chez les trois jeunes adultes qui se sentent davantage Français plutôt que Marocains, dont ils ne gardent que des souvenirs mitigés de vacances. Qui plus est, c’est Marwan qui est désigné par le défunt pour accompagner le cercueil dans l’avion, le reste de la famille devant effectuer le trajet par la route. Il sera accompagné par Kabic, l’ami de toujours de la famille, qui a souhaité se joindre au voyage…

Mais pourquoi ces choix, qu’est ce qui leur a été caché ? Là commence pour Marwan, arrivé en avant-garde, un voyage qui tient du périple initiatique et qui sera l’occasion de révélations incroyables.

Ce qui vient d’abord à l’esprit du lecteur, c’est que l’auteur Olivier Dorchamps se montre particulièrement habile dans la description de l’état d’esprit des jeunes adultes maghrébins, fils d’émigrés de la première génération dans les années soixante. Ils ont dû accepter leurs origines de fait, mais se sont fondus dans la population française du XXIème siècle, même s’ils souffrent encore trop souvent malgré leur réussite professionnelle d’attitudes ambigües liées qui y sont liées. Le deuil de leur père les projette forcément vers des horizons mal connus, et la force du roman est d’établir une analyse critique assez exhaustive à la fois de la société française et de la société marocaine, telle que Marwan va la découvrir à son arrivée à Casablanca, métropole aux traditions multiples précipitée malgré elle au présent avec l’arrivée des nouvelles technologies, mais qui n’a rien à voir avec les villes qui font le bonheur des circuits touristiques.

Le récit est simple mais particulièrement émouvant, car l'auteur sait transmettre les sentiments qui animent ses personnages, tout en maintenant un suspense en matière de révélations qui sont distillées au fil des pages. C’est aussi l’occasion de faire un point sur la sérénité de cette jeune génération issue de l’immigration vis-à-vis de leur identité.

Au total, un premier roman brillant, à la fois simple, juste mais rude, aux analyses multiples.

 

« Ceux que je suis » a reçu le Prix du Premier Roman de la Ville de Paris

Ma note : 18/20

photo Babelio