Show More

Résumé

C’est l’histoire d’un vieil homme, au matin de Pessah, la Pâque juive, qui se remémore cette nuit si particulière qui a ponctué sa vie. Mais cette nuit-là est vraiment différente, car pour la première fois, la fête se fera sans son épouse, décédée il y a peu. Les souvenirs s’enchaînent, entremêlant ces nuits… nous emportant dans cette famille haute en couleur qui chaque année rejoue à huis clos et à guichet fermé une comédie drolatique dont elle a le secret – avec ses coups d’éclat et ses invités surprise, mention spéciale à la correspondante allemande ou au cousin un brin psychopathe.
Il y a Michelle, la cadette qui enrage au quart de tour et fait peur à tout le monde, à commencer par le très émotif Patrick, le père de ses enfants, et puis Denise, l’aînée un peu trop discrète et son mari Pinhas, bâtisseur de châteaux en Espagne et de palais au Maroc. Et bien sûr Salomon, le patriarche rescapé des camps, et son humour d’un genre très personnel qu’il qualifie volontiers de « concentrationnaire », lequel lui vaut, on s’en doute, quelques revers et pas mal d’incompréhension.
Mais en ce matin de Pessah, à l’heure des préparatifs, Salomon, pour la première fois, est privé de sa femme, sa merveilleuse Sarah…
Un roman au charme irrésistible, drôle, émouvant – et magnifiquement enlevé.

Mon Commentaire

« Cette nuit » est le second roman de Joachim Schnerf. C’est le récit de la préparation de la soirée de Pessah (la Pâque juive) par Salomon alors que son épouse bien-aimée Sarah s’est éteinte il y a tout juste un an. Salomon ne parvient pas à faire son deuil, comme s’il avait été amputé d’un de ses membres. Et pour la préparation du traditionnel repas du Seder, il doit composer pour la première fois sans elle, lui le patriarche rescapé des camps ...Même s’il sait qu’il pourra être assisté dans les préparatifs par Michelle, sa fille cadette à l’autoritarisme et à l’organisation implacables. Il y aura aussi Denise, son aînée, aux tendances alcoolisées, avec Pinhas, son brave Ashkénaze de mari, puis Patrick, le mari de Michelle, aux intestins sensibles ( !) et à la personnalité totalement effacée, ainsi que leurs enfants Samuel et Tania, deux adolescents aux caractères et à la sensibilité si différents.
Salomon a toujours apprécié ces réunions de famille organisées avec une infinie délicatesse par Sarah... Mais la soirée de Pessah de cette année sera aussi celle au cours de laquelle il faudra annoncer aux enfants et petits-enfants les dispositions à prendre dans le cadre de la succession de Sarah, ce qui ne va pas sans poser forcément des problèmes…
On ne peut qu’être touché et profondément ému par ce roman qui relate avec beaucoup de délicatesse une très belle histoire d’amour. Une fois passées outre les spécificités de la tradition juive et de la célébration des fêtes, qui ne sont pas forcément simples pour les non religieux ou les non spécialistes du culte juif, on comprend une fois de plus combien la déportation a pu être destructrice de tout sens d’humanité. Cependant, là où ce roman est un peu déroutant, c’est par rapport à l’usage de l’humour grinçant utilisé à qui mieux mieux par Salomon pour rappeler à son entourage le cauchemar de la déportation, comme pour mieux exorciser l’enfer qu’il a vécu. Mais de là à parler de moments drôles dans ce roman, c’est pour ma part un pas que je n’ai pas pu franchir.
Il me restera de ce court roman qui s’est vu décerner le prix Orange 2017 par « les Libraires, Écrivains et Lecteurs » le sentiment d’avoir découvert un livre relatant une puissante et magnifique histoire d’amour magnifiée par une sensibilité exacerbée, ce qui ne peut être forcément que particulièrement touchant. J’ai en revanche été nettement moins séduit et suis resté souvent hermétique au style de Joachim Schnerf utilisant un vocabulaire technique pléthorique en référence aux traditions religieuses juives et peu fluide pour les non-initiés. Par ailleurs, la qualité des dialogues entre les différents membres de la famille – certainement s’il sont le reflet de la langue parlée actuelle - qui émaillent le récit ne m’a pas davantage emballé, tant dans leur fond que dans leur forme. Dommage.

Ma note : 14/20
photo Courrier de l'ouest