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Résumé

Sous les bombardements, dans Berlin assiégé, la femme la plus puissante du IIIe Reich se terre avec ses six enfants dans le dernier refuge des dignitaires de l’Allemagne nazie. L’ambitieuse s’est hissée jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir sans jamais se retourner sur ceux qu’elle a sacrifiés. Aux dernières heures du funeste régime, Magda s’enfonce dans l’abîme, avec ses secrets.
Au même moment, des centaines de femmes et d’hommes avancent sur un chemin poussiéreux, s’accrochant à ce qu’il leur reste de vie. Parmi ces survivants de l’enfer des camps, marche une enfant frêle et silencieuse. Ava est la dépositaire d’une tragique mémoire : dans un rouleau de cuir, elle tient cachées les lettres d’un père. Richard Friedländer, raflé parmi les premiers juifs, fut condamné par la folie d’un homme et le silence d’une femme : sa fille.
Elle aurait pu le sauver.
Elle s’appelle Magda Goebbels.

Mon Commentaire

Plongée directe dans une période très noire de la seconde guerre mondiale : le moment de la libération des camps de concentration, vu à travers différents prismes, qui s’entremêlent tout au long de ce roman historique inspiré bien sûr par des faits réels. D’abord, en plein cœur des cheminements de quelques rescapés des camps de l’enfer, subissant toujours le joug de leurs geôliers, cheminant vers des destinations inconnues sur des chemins caillouteux... C’est ainsi qu’on fait, entre autres, la rencontre d’une mère et de sa fille, qui sont parvenues à échapper à l’extermination alors que les Alliés commencent à pénétrer dans les territoires occupés par le Reich. Ensuite on découvre l’existence de lettres de prisonniers, victimes de l’holocauste, qui circulent de mains en mains. Puis on pénètre dans le quotidien de la garde rapprochée et des proches collaborateurs et amis d’Adolf Hitler, qui sentent que leurs jours sont comptés face à l’arrivée des armées russes à l’est et américaines par l’ouest. Alors, on fait connaissance avec Magda, une étrange mère d’une placidité et d’une cruauté incroyables, qui par son silence a décidé de sacrifier tous les siens pour le régime nazi et son idéologie.

On est tout d’abord un peu déconcerté par l’alternance au gré des chapitres des récits sur des personnages multiples, sitôt apparus, bientôt disparus, entre lesquels on a du mal à soupçonner l’existence de liens. Chaque partie en soi constitue néanmoins une série de chocs psychologiques, avec une tension permanente perçue par le biais du style employé par l’auteur : des phrases courtes, l’usage de l’impératif, la présence de détails sordides témoignant à la fois de l’affolement général des fuyards comme de l’abasourdissement des libérateurs face à ce qu’ils découvrent.

Puis viennent ces lettres- témoignages, qui prennent aussi parfois l’aspect de suppliques, messages manuscrits qu’on apprend avoir été soigneusement conservés dans un rouleau de cuir. Messages destinés bien entendu à une personne en particulier, mais également éléments destinés à passer à la postérité et prouver que la solidarité subsiste même dans les pires conditions de vie.

On frissonne tout autant en découvrant les conditions ostentatoires et luxueuses de la vie de l’entourage d’Hitler, que ce soit avant autant que dans le bunker berlinois hermétique, poussiéreux et malsain, où les uns et les autres, gradés comme civils restent tapis comme des rats. Magda gère sa vie autour des nombreux enfants qu’elle a eus avec Joseph Goebbels, mais pour autant confirme chaque jour l’amour immense qu’elle conserve au quotidien pour son fils aîné Harald, né d’un premier mariage, sur lequel elle a fixé tous ses espoirs de reproduction de la race aryenne et qui s’est engagé dans l’armée hitlérienne.

Puis petit à petit, les mailles de l’histoire se resserrent autour de Magda, personnage ayant existé, réellement capable des pires cruautés vis-à-vis de tous les siens, mais possédant une lucidité incroyable vis-à-vis de son mari Goebbels et d’Hitler, appelés respectivement « le nabot et l'hystérique, le tremblant et le boiteux. » Magda, atteinte d’un complexe de supériorité notable, assume une personnalité d’une force inouïe qui prime bien entendu même sur Eva Braun « Eva Braun, c'est de la pacotille, juste une mauvaise poudre aux yeux qui s'éparpille à la moindre brise ».

Sébastien Spitzer réalise un brillant roman assimilant personnages et situations fictives avec d’authentiques actes historiques, qui révèle un véritable talent, tant il parvient à capter notre attention alors que son livre traite d’un sujet maintes fois analysé.

On trouve ici le meilleur d'une production littéraire fictionnelle au service du devoir de mémoire et de l'Histoire. On attend avec impatience le prochain roman…

Ma note : 16/20

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