Résumé

« Quoi que vous cherchiez à savoir ou à ressentir, à comprendre ou à percevoir, à saisir ou à entrevoir, quelque part un livre répond à votre quête. En procurant plaisir, volupté, félicité.
Lire. Toute l’énergie, la passion, le bien-être et le tourment d’une vie ardente.
 »
Ch. T.
Dans cet ouvrage passionnant, Christiane Taubira rend hommage aux livres et aux écrivains qui l’ont façonnée. De son enfance à Cayenne – où les lectures des jeunes filles étaient sévèrement contrôlées – à aujourd’hui, les auteurs et leurs œuvres défilent : Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Gabriel Garcia Marquez, René Char, Yachar Kemal, Simone Weil, Toni Morrison, et tant d’autres…
Éveil de sa conscience sociale par les romans engagés, découverte de la force de renouvellement de la langue, relecture de l’Histoire grâce à la pertinence de la littérature, convocation des auteurs au moment de ses grands discours politiques : Christiane Taubira raconte tout ce qu’elle doit aux infinies ressources des livres.
Car la lecture, cette « vie ardente », n’est-elle pas le meilleur moyen de conquérir sa liberté ?
Née à Cayenne, en Guyane, Christiane Taubira a été députée de 1993 à 2012, puis Garde des Sceaux, ministre de la Justice de 2012 à 2016. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages dont L’Esclavage raconté à ma fille, Murmures à la jeunesse ou Nous habitons la Terre.
 

Mon Commentaire

On connaît bien Christiane Taubira, ancien Ministre de la Justice sous le quinquennat de François Hollande, qui a même claqué la porte en 2016 avant la fin de son mandat mais est parvenue à imposer en 2014 la loi sur le « Mariage pour tous » d’abord, ainsi que celle relative à « la prévention de la récidive et à l’individualisation des peines ».

En revanche, on connaît bien moins l’autre facette de cette femme érudite, née à Cayenne en Guyane au sein d’une famille modeste .Si j’ai choisi de lire « Baroque sarabande », son dernier ouvrage, ce n’est donc pas pour des raisons politiques, mais bien plus pour mieux comprendre ce qui a façonné cette femme brillante extrêmement cultivée dont nombreux craignent le franc-parler, j’en veux pour preuve les échanges verbaux parfois vifs entre le chroniqueur et écrivain Yann Moix et Christiane Taubira, invité en début de ce mois de l’émission « On n’est pas couché ».

« Baroque Sarabande » est d’abord un ouvrage extrêmement complet qui parle de la littérature en général et de l’amour de la lecture en particulier. Christiane Taubira déjà nous confirme qu’il est important de lire tout, y compris les ouvrages d’auteurs dont on ne partage pas forcément les points de vue, à partir du moment où ces œuvres sont bien écrites. Tout cela simplement pour comprendre les arguments de base qui peuvent y être énoncés et les dénoncer en cas de désaccord ou les diffuser plus largement lors de partage de positions similaires.

L’écrivaine durant une bonne partie de son ouvrage nous fait découvrir un grand nombre des auteurs qu’elle a lus sa vie durant, en agrémentant ses pages de nombreuses citations que je n’ai pas l’intention de reproduire ici. Néanmoins, le souci pour le commun des mortels, c’est qu’au lieu d’encourager à la lecture, le foisonnement d’auteurs dont on ignorait l’existence (même si on est un lecteur assidu de longue date) procure un sentiment de misérabilisme, considérant qu’une vie entière de lecture acharnée et ininterrompue serait insuffisante pour découvrir la totalité des auteurs cités et pouvoir discourir avec Madame Taubira.

L’autre réflexion qu’on a en parcourant son livre, c’est qu’il est souvent nécessaire de se reporter à un dictionnaire pour vérifier le sens d’un mot de vocabulaire utilisé: nul doute que le vocabulaire de la vie quotidienne s’appauvrit et qu’un retour à l’usage de mots plus spécifiques est propice à la découverte et peut constituer une satisfaction. Sur l’analyse des ouvrages et des auteurs cités, il est parfois difficile de se faire une idée claire même si la musique des mots utilisés se fait douce à notre oreille. Madame Taubira insiste également sur la qualité et les caractéristiques du langage et de la langue utilisées, qui forcément donnera un ton différent au récit donné au lecteur. A ce propos, Christiane Taubira est toujours prête à approcher la littérature de la musique: elle n’hésite d’ailleurs pas à plusieurs reprises à faire des comparaisons entre écrivains et interprètes notamment de morceaux de jazz ou de rythme sud-américains.

Il est intéressant de constater que ce n’est qu’à la page 125(!!) que Christiane Taubira annonce fièrement qu’il est temps « d’arrêter de folâtrer »….alors qu’on a traversé toute cette première partie, certes intéressante, mais ardue comme le parcours d’un combattant ! C’est uniquement à ce moment qu’on découvre la jeune Christiane au sein de sa famille d’origine modeste, où la lecture fait partie d’une forme d’obligation culturelle, sachant par ailleurs la rareté des livres lors de sa jeunesse alors qu’il n’existe quasiment pas de librairie à Cayenne à cette époque. On voit comment petite fille, elle a découvert au fond d’une valise tout un ensemble de livres et romans écrits par des auteurs faisant partie de la culture classique française qui l’ont marquée pour toujours. Seules étaient bannies de la maison les BD, formellement interdites par la mère de Christiane, au motif qu’elles étaient remplies de fautes d’orthographe et d’erreurs… Ce qui n’a pas empêché ses frères d’en faire la collection qu’ils cachaient soigneusement sous leur lit et qu’ils troquaient à bon escient contre d’autres magazines, albums ou jouets…

« Baroque Sarabande » n’est certes pas un livre très facile à lire de prime abord, mais à partir du moment où vous l’avez commencé, il vous sera difficile de ne pas le continuer, ne serait-ce que parce qu’il est relativement court, mais surtout qu’il vous rappelle les bases premières de la littérature depuis la nuit des temps. En somme, il n’est jamais trop tard pour découvrir des ouvrages aussi centraux et incontournables que « Moby Dick » d’Herman Melville, mais aussi dans un tout autre style pour lire l’œuvre d’Aimé Césaire dont Madame Taubira se sent naturellement très proche. Si c’est seulement ce que vous retenez de ce livre, c’est déjà un beau succès à porter à l’actif de l’écrivaine.

Ma note : 14/20
photo Negronews