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Résumé

Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion.
Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres.

Bakhita est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte.
Avec une rare puissance d’évocation, Véronique Olmi en restitue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d’âme dont la source cachée puise au souvenir de sa petite enfance avant qu’elle soit razziée.

Mon Commentaire

« Bakhita » n’est pas un véritable roman, puisqu’il s’inspire de l’existence d’une petite fille, devenue femme, née dans la seconde moitié du XIXème siècle, quelque part dans le Darfour, région située aux confins de l’Éthiopie, de l’Érythrée et du Soudan actuels.

Cette petite fille dont on oublie très vite le véritable nom est kidnappée à l’âge de 7 ans avec sa camarade de village, par deux hommes aux intentions clairement malfaisantes. À l’époque déjà, les ethnies diverses de la région se font régulièrement la guerre : cela se traduit par des incendies de villages, des pogromes, des viols et le rapt des jeunes enfants, filles et garçons, dans l’unique but de les vendre. La main d’œuvre est particulièrement bon marché, corvéable à merci, mais l’existence est un enfer pour ceux qui parviennent à survivre. C’est ainsi que celle qu’on appellera plus tard Bakhita vivra une quinzaine d’années à l’état d’esclave, comme bon nombre de ses congénères.

Même si avant de découvrir ce roman, on pouvait avoir une idée du sort réservé aux esclaves au temps de l’histoire ancienne, c’est avec effroi qu’on découvre qu’au moment de la Révolution Industrielle et où la traite des Noirs en direction de l’Amérique bat son plein, parallèlement dans certaines contrées d’Afrique de l’Est, la vie de nombreuses victimes n’avait pas plus de valeur que celle d’un animal. Véronique Olmi nous captive en procédant avec force détails à la narration du quotidien de ces « sous-êtres » dont les mouvements étaient entravés par des chaînes, plutôt apparentés à de simples marchandises passant entre les mains successives de négociants, puis achetés par de riches propriétaires qui en faisaient leurs jouets… jouets qu’on adore un jour puis qu’on casse à l’envi le lendemain. L’auteure parvient même grâce à une certaine poésie dans son écriture à nous faire supporter quelques scènes particulièrement dures…
Difficile dans ce cas de résister et surtout de conserver la volonté de survivre, alors que bien peu de choses rattachent à la vie ces êtres exploités sans vergogne. C’est pourtant l’exploit réalisé par cette femme, Bakhita, qui n’a pas eu d’éducation, aura perdu toute mémoire de son enfance mais non seulement aura la force de caractère suffisante pour survivre à toutes ces tortures ainsi que le courage de se lancer d’une manière peu prévisible dans une quête insoupçonnée de liberté, de l’autre côté de la Méditerranée, en plein cœur d’une société italienne dont la constitution a aboli l’esclavage dans toutes ses formes.
Paradoxalement, c’est au moment où on sent la vie de l’héroïne basculer vers un avenir radicalement différent que la lecture du roman perd un peu de son intérêt, le style devenant moins abouti. Pour cette femme au service des autres qu’est devenue Joséphine Bakhita, tout en elle relève désormais davantage de pure spiritualité que de nouveau départ. Il reste que cette biographie d’un personnage hors du commun a le mérite de restituer avec précision l’existence de l’époque esclavagiste, ainsi que l’ignorance crasse et la vision étroite qu’avaient les Européens sur toutes les populations lointaines.

Ma note : 16/20

Photo RTL.FR