Acteurs :

Guillaume Canet

Rufus

Veerle Baetens

Anthony Bajon

Samir Guesmi

Yona Kervern

Synopsis

Pierre a 25 ans quand il rentre du Wyoming pour retrouver Claire sa fiancée et reprendre la ferme familiale. Vingt ans plus tard, l'exploitation s’est agrandie, la famille aussi. C’est le temps des jours heureux, du moins au début… Les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise au travail. Malgré l’amour de sa femme et ses enfants, il sombre peu à peu… Construit comme une saga familiale, et d’après la propre histoire du réalisateur, le film porte un regard humain sur l’évolution du monde agricole de ces 40 dernières années.

Mon commentaire

« Au nom de la terre » est un nouveau film qui traite du milieu agricole et des conditions terribles auxquelles sont confrontés les agriculteurs. Le dernier film en date sur le sujet auquel on pense est « Petit Paysan », réalisé par Hubert Charuel, sorti sur les écrans en 2017, mais ciblait quant à lui les problèmes des éleveurs suite à la maladie de la vache folle.

Ici, le premier long métrage d’Édouard Bergeon constitue une véritable saga familiale, qui transpose avec une belle authenticité celle qu’il a vécue lui-même auprès de son père Christian, qui a mis fin à ses jours en 1999. Dans cette fiction extrêmement bien faite, on fait la rencontre de Pierre Jarjeau (Guillaume Canet), qui rentre en 1979 du Middle West américain pour reprendre à Jacques (Rufus), son père, l’exploitation familiale située en Mayenne. Il retrouve d’abord Claire (Veerle Baetens) sa fiancée, avec laquelle il met au point de nombreux projets de modernisation.

Résultat, 20 ans plus tard, Pierre ne parvient plus à rembourser ses dettes et se "tue" au travail, même si son fils Thomas (Anthony Bajon) l’aide dans l’exploitation de l’entreprise. Puis les incidents et couacs se succèdent, précipitant Pierre sur une pente terriblement dangereuse…

On pourra certes reprocher à Édouard Bergeon sa mise en scène par trop convenue et par voie de conséquence un certain manque d’émotions fortes. Néanmoins, le film a le mérite de reconstituer avec précision les conditions harassantes du travail quotidien d’un éleveur, condamné de plus pour faire vivre les siens à une production plus intensive et plus coûteuse en investissements, d'où une spirale infernale.

On note bien d’ailleurs qu’en cas de besoin, la banque d’un agriculteur est bien plus prompte à accorder des financements pour de nouveaux investissements qu’à lui accorder un découvert pour lui permettre de se remettre à flot ! On appréciera aussi à sa juste valeur la démonstration faite autour de l’élevage intensif …Seules quelques très belles prises de vue de la campagne environnante redonneront un peu de baume au cœur dans cette atmosphère de détresse.

Pour étayer son sujet dramatique (on nous rappelle en fin de film qu’il y a en France un suicide par jour chez les agriculteurs !), Édouard Bergeon a réuni une belle distribution autour de Guillaume Canet, excellent dans le rôle principal - dont la calvitie le fait ressembler au véritable père du réalisateur-, mais aussi la bouleversante actrice belge Veerle Baetens qui garde le cap et tient les cordons de la bourse du ménage, puis Anthony Bajon dans le rôle de cet ado un peu maladroit mais travailleur et enfin le trop rare Rufus, qui voit là un de ses meilleurs rôles depuis longtemps.

Même après la projection, on gardera forcément longtemps l’image de Pierre, cet homme désespéré qui a pris le parti de disparaître ne pouvant assumer son incapacité à assurer le bonheur des siens.

Ma note :   15/20