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Résumé

Alto braco, «haut lieu» en occitan, l’ancien nom du plateau de l’Aubrac. Un nom mystérieux et âpre, à l’image des paysages que Brune traverse en venant y enterrer Douce, sa grand-mère. Du berceau familial, un petit village de l’Aveyron battu par les vents, elle ne reconnaît rien, ou a tout oublié. Après la mort de sa mère, elle a grandi à Paris, au-dessus du Catulle, le bistrot tenu par Douce et sa sœur Granita. Dures à la tâche, aimantes, fantasques, les deux femmes lui ont transmis le sens de l’humour et l’art d’esquiver le passé. Mais à mesure que Brune découvre ce pays d’élevage, à la fois ancestral et ultra-moderne, la vérité des origines affleure, et avec elle un sentiment qui ressemble à l’envie d’appartenance.
Vanessa Bamberger signe ici un roman sensible sur le lien à la terre, la transmission et les secrets à l’œuvre dans nos vies.
Brune a grandi au dessus du Catulle, le café parisien où officiaient les sœurs Douce et Granita Rigal, ses grands-mères adoptives, originaires de l'Aveyron, qui l'ont élevée après la mort de sa mère. Juste avant de mourir, Douce confie à Brune son désir d'être inhumée dans son Aubrac natal. Accompagnée de Granita, elle découvre alors cette terre rude et les secrets de la famille Rigal.

Mon Commentaire

Brune Rigal, parisienne célibataire de 38 ans est directrice de crèche Elle a été élevée par ses 'grands-mères', Douce et Granita (en fait, sa grande tante, la soeur ainée de Douce), qui tiennent d'une main de fer dans la capitale le bistrot "le Catulle" depuis plusieurs décennies. Comme nombreux de leurs congénères, Douce et Granita sont d'origine auvergnate, plus particulièrement d'une région magnifique et sauvage située aux confins de l'Aveyron, de la Lozère et du Cantal, l'Aubrac. Si Brune y a passé quelques vacances d'été lorsqu'elle était petite, il faut bien avouer que la région lui est bien étrangère et que les quelques souvenirs qu'elle en garde sont très lointains...Mais Douce vient de décéder et dans ses dernières volontés, elle a émis le surprenant souhait d'y être enterrée. Brune et Granita vont donc devoir retourner sur les terres de leurs ancêtres, plutôt à contrecoeur pour cette dernière, l'aînée des deux 'grands-mères' et la plus psychorigide des deux, qui ne semble guère enthousiaste à l'idée de renouer avec des branches de la famille qu'elle avait ostensiblement choisi d'oublier. Pour Brune, qui a hérité pourtant d'un caractère bien trempé, cette descente au fin fond du Massif central et de cette région d'élevage bovin va être un véritable bouleversement, tant elle va y découvrir des aspects contradictoires. L'Aubrac est une région à la fois riche d'histoire ancestrale et de paysages volcaniques sauvages, mais également un région ultra-moderne avec des vies qui s'organisent autour de l'élevage intensif.

Malgré les non-dits familiaux et une sorte d'étouffement qui en découle, Brune ressent pourtant une étrange attirance pour cette région dont elle est originaire, d'autant qu'elle redécouvre Serge, ce père qui ne l'a pas élevée après la disparition de sa mère...

"Alto Braco", le second roman de la journaliste Vanessa Bamberger offre comme une grande bouffée d'air frais voire même glacial au lecteur, et dès le début de cette épopée familiale vers la province, on ressent une espèce de malaise autour de ce dernier voyage en corbillard aux côtés du cercueil de Douce. Car s'il est évident que la famille et les proches vont assister aux obsèques et que les liens familiaux vont tenter de se reconstituer, parallèlement la romancière dissémine comme de petits cailloux çà et là dans son récit, qui semblent bien capables de faire dérailler cette mécanique apparemment bien huilée. Petit à petit, les fissures apparaissent au sein de ces branches familiales, les véritables tempéraments des uns se révélant et les langues commençant peu à peu à se délier. Vanessa Bamberger tisse ici une trame familiale originale, sur un fonds d'authenticité régionale forcément liée à l'agriculture et l'élevage. Elle y décrit la difficulté d'y survivre au XXIème siècle pour ces fermiers dont la vie est extrêmement ardue tout au long de l'année. Son roman qui tient en haleine jusqu'à la fin est également un hymne à la nature, à la culture régionale et à la gastronomie locale. On en ressort avec les sur les papilles le goût des spécialités locales ! Mais en même temps le regard que porte Vanessa Bamberger sur ce microcosme constitue une analyse sociologique bien faite qui permet de comprendre aussi les raisons qui ont poussé les Aveyronnais à quitter leurs terres au début du siècle dernier pour s'installer comme bougnats et restaurateurs en région parisienne constituent des éléments

Le livre, conçu en quatre parties sur le modèle d'un menu-dégustation local des hors d'oeuvre aux entremets, se déguste avec un vrai plaisir, sans être trop roboratif, tant les personnages deviennent attachants. Malgré un ton parfois un peu trop journalistique, on peut néanmoins signaler la présence de quelques expressions du patois local qui ne manquent pas de couleurs et qui constituent un agréable contrepoint avec les séquences plus poignantes ! Une belle plongée dans la France profonde.

Le roman a été couronné par le Prix du livre France Bleu 2019

Ma note : 15/20

Photo Paris Librairies