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Acteurs 

Lubna Azabal

Nisrin Erradi

Douae Belkkhaouda

Aziz Elhattab

Hasna Tamtaoui

Synopsis

Dans la Médina de Casablanca, Abla, veuve et mère d'une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines. Quand Samia, une jeune femme enceinte frappe à sa porte, Abla est loin d'imaginer que sa vie changera à jamais. Une rencontre fortuite du destin, deux femmes en fuite, et un chemin vers l'essentiel.

Mon commentaire

Les réalisateurs maghrébins sont décidément souvent bourrés de talent, car « Adam » est un film qui parle d’une situation banale, celle de Samia (Nisrin Erradi), une jeune femme de province montée à Casa pour trouver du travail comme il doit en exister beaucoup d’autres, sauf qu’elle est enceinte de plusieurs mois et que visiblement, cette grossesse est purement accidentelle. Et là, sa situation devient dramatique car sans toit, sans travail et sans argent, elle ne peut guère aller loin. C’est pourquoi on la voit sonner à toutes les portes pour proposer ses services : coiffure, maquillage, ménage, aide à la personne, en vain, jusqu’à ce qu’elle rencontre Abla (Lubna Azabal), une jeune veuve et mère de Warda, une petite fille de 8 ans qui la prend finalement en pitié et accepte de l’héberger pour une nuit…

Pour son premier long métrage (après plusieurs courts), la réalisatrice Maryam Touzani (déjà coscénariste de « Razzia », tourné par son mari Nabil Ayouch) réalise un film d’une grande beauté, traitant d’un sujet grave mais bien connu au Maroc : les relations sexuelles hors mariage. Après un démarrage un peu lent, elle nous dresse les portraits de deux femmes magnifiques au caractère très fort qui d’abord se jaugent sans jamais se juger mais finissent par se respecter. La force du film tient dans la pudeur qui domine dans cette histoire, car ni Abla ni Samia n’osent s’interroger sur leurs passés respectifs : elles apprennent simplement à d’abord à coexister et à s’entraider alors qu’elles vivent des destins très difficiles. Le presque huis clos entrecoupé de quelques belles échappées tournées dans la Médina suffit pour créer une atmosphère au charme diffus. D’autant que la réalisatrice apporte un soin tout particulier à l’image et à la lumière - on a l’impression de découvrir par moment de véritables peintures- pour créer une ambiance chaleureuse, pourtant en filmant souvent en nombreux plans rapprochés ses personnages meurtris par la vie.

La réussite tient également à la pudeur des sentiments dans cette histoire qui évite tout sentimentalisme pour uniquement se concentrer sur le ressenti de ces deux femmes que le destin a réuni de façon fortuite, mais le film ne manque pas d’humour néanmoins.

Présenté au dernier Festival de Cannes dans la catégorie « un Certain Regard », le film est néanmoins reparti bredouille malgré le talent immense des deux actrices qui forment un duo très convaincant, le jury ayant préféré attribuer le prix au film guatémaltèque « Nuestras Madres » qui sortira sur les écrans français le 8 avril prochain.

Ma note :  15/20